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Personnages LGBTQIA+ : il est urgent d’améliorer les représentations

En ce 17 mai, journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie, j’ai envie de proposer une réflexion au sujet des personnages LGBTQIA+ dans la fiction. Et donc la représentation des personnes non-hétérosexuelles.

En quoi est-elle nécessaire, cruciale même ? Les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles (ou pansexuelles), transgenres, queer, intersexes, asexuelles, aromantiques sont encore mal, ou trop peu représentées. Pourquoi est-il fondamental que cela change ? Même si on constate une très nette amélioration au cours des dernières décennies, il y a encore du chemin à faire. Mais comment représenter correctement les non-hétérosexuels dans la fiction ?

I. Pourquoi est-il si important de représenter des personnages LGBTQIA+ dans les fictions ?

La fiction a une influence sur la réalité. Depuis l’enfance, nous sommes nourris de fictions. Avant même de savoir lire. Les personnages que l’on voit dans les livres, les films, les séries, les illustrations, les jeux vidéos nous inspirent. Ils sont les projections de nos rêves, de nos idéaux, de nos peurs, de nos aspirations. C’est d’autant plus vrai pour les plus jeunes. Au moment où se forge l’identité, il faut pouvoir s’identifier à des personnes, réelles ou imaginaires, pour pouvoir se comprendre soi-même.

Mais les minorités ne bénéficient pas toujours de ces représentations. Dans une société hétéronormative, les représentations sont hétéronormées. On s’imagine alors que tout le monde est hétérosexuel et cisgenre. Donc, on ne représente que ça. C’est un cercle vicieux.

Les personnes non-hétérosexuelles, et/ou non cisgenres ne peuvent pas se construire et s’accepter, si elles ne sont pas bien représentées. Elles ne peuvent pas se définir comme telles, si cette définition est dévalorisante. Personne n’a envie de ressembler à un cliché.

Pour changer les mentalités, il faut montrer la réalité de ce que sont les minorités sexuelles dans les fictions. C’est aussi comme ça qu’on lutte contre les LGBT-phobies.

II. Des représentations désastreuses

Dans de nombreuses fictions, on voit des personnages caricaturaux, qui ne font que perpétrer les préjugés. C’est une violence faite aux LGBT+ à chaque fois. Il peut s’agir de vieux films, reflets d’une autre époque, bourrés de préjugés et malheureusement toujours rediffusés. Parfois, il s’agit d’une réplique homophobe ou transphobe dite en passant, inutile et gratuite. Comme un coup de poignard en plein cœur. Toutes ces représentations, cette « homophobie ordinaire », génèrent de la souffrance. L’homophobie et la transphobie tuent. Elles ne sont jamais anodines. Il ne faut jamais les accepter.

1. Des clichés ridicules

Il y en a beaucoup ! Personnages creux, maniérés, stéréotypés, fêtards, forcément citadins… Les clichés sont nombreux, et, même s’ils ne sont plus la norme des représentations, ils ont la vie dure ! On a l’impression que les personnes LGBTQIA+ passeraient leur temps à s’amuser, à danser, et à se comporter comme d’éternels célibataires, sans vie de famille. Souvent, le passé de ces personnages n’est pas développé. De même, on ignore leurs intentions, leurs aspirations, leurs motivations. Pire, leur orientation sexuelle semble être leur définition même. Leur vie tourne autour de ça : leurs relations amicales, leur métier, leurs loisirs… Tout semble être défini par leur orientation. Leurs goûts vestimentaires, musicaux, etc. « doivent » être influencés par ça, pour qu’on les identifie bien comme des gens « qui en sont ». (La vieille expression bien homophobe que voilà !)

De plus, on montre surtout les gays, moins les lesbiennes. Les transgenres sont ridiculisés, réduits à leur apparence, forcément caricaturée. Pour les aromantiques, on les montre comme des sans cœur, pas comme des personnes ayant une orientation romantique différente. Et parfois, le personnage change d’orientation, comme s’il fallait le voir « rentrer dans le droit chemin ».

Puisque l'humour est la meilleure arme contre la haine et la peur, je vous donne le lien vers un sketch qui parle justement de ce sujet.

2. Des amalgames récurrents

On voit souvent des personnages de gays et de lesbiennes qui se travestissent, un peu comme si l’homosexualité et la transidentité étaient la même chose. Comme si les deux étaient toujours liées. C’est faux, bien évidement.

Dans mon Robert des synonymes, édité en 1990, et qui se targue d'être "couronné par l'Académie française", le troisième synonyme de "homosexualité" est "pédophilie"... Un amalgame répugnant et tenace parmi les imbéciles.

C'est d'autant plus étonnant, car la même année, le 17 mai 1990, l'homosexualité a été retirée de la liste des maladies mentales du DSM, l'ouvrage de référence de la psychiatrie. C'est en commémoration de ce pas en avant que la journée de lutte contre les l'homophobie a été créée, mais en 2005 seulement.

3. Les représentations hyper-érotisées

Dans beaucoup de fictions, la sexualité des personnages non-hétérosexuels est montrée de façon crue, pornographique. C’est le cas dans de nombreux films et séries, dans beaucoup de romans estampillés M/M (romance entre hommes, assez souvent écrites par des femmes hétérosexuelles… Je généralise un peu, mais parfois ça se sent vraiment, tant c’est une accumulation de fantasmes); C’est parfois plein de bonnes intentions, car les autrices / auteurs de ces œuvres se revendiquent « gay-friendly », mais au final… ça renforce le cliché.

Ça a un côté « documentaire animalier », comme lorsque l’on montre des bêtes en train de s’accoupler. C’est du voyeurisme. Cela renforce le préjugé de « perversion », « d’obsédés sexuels » qui pèse sur les minorités sexuelles. Les pervers, il y en a partout, de toutes les orientations, de toutes les couleurs, de tous les sexes. Il est naïf de s’imaginer, par exemple, que les gays seraient plus pervers, plus obsédés, que les autres.

3.1 Les conséquences de ce type de représentation

Dans la vie, les LGBT+ sont souvent la cible de questions intrusives sur leur sexualité, leur identité de genre. Ce n’est pas en montrant systématiquement des scènes de sexes dès qu’on a affaire à ce type de personnages qu’on luttera contre ça. Avoir une orientation différente ne signifie pas avoir une vie sexuelle plus active, ni plus épanouissante. C’est comme si il fallait justifier de son homosexualité en « s’amusant » d’avantage de ce côté-là. Il n’y a rien à justifier. Ce n’est pas un choix.

Cela ne signifie pas qu’il faut « cacher » cet aspect de leur vie, le sexe ne doit pas être un tabou. Mais cela fait fuir les personnes qui pourraient ouvrir leur esprit, qui voudraient comprendre les personnes différentes d’elles, et ne veulent pas voir ces détails-là. Et cela tronque la réalité.

Et bien sûr, c’est partir encore du principe que tout le monde a des désirs sexuels, ce qui est faux. L’asexualité existe, c’est une orientation. Elle comprend toutes les orientations romantiques.

4. L’homosexualité représentée comme un « choix », ou une « expérience »

On ne le répètera jamais assez : on ne choisit ni son orientation sexuelle, ni son genre. Ce n’est pas un choix. Ce ne sera jamais un choix. De même que considérer l’homosexualité comme une expérience sexuelle, c’est considérer qu’il ne s’agit que d’une pratique sexuelle. Donc, d’un choix.

5. L’orientation sexuelle comme définition de l’individu

Réduire une personne ou un personnage à son orientation sexuelle, c’est occulter sa personnalité, son identité. C’est la déshumaniser. Tout comme on ne doit pas réduire une personne à son handicap, sa couleur de peau…

III. Des représentations inexistantes

Certaines orientations et problématiques LGBTQIA+ ne sont presque jamais représentées.

  • L’asexualité est quasiment absente de la fiction. Et quand un personnage est asexuel, c’est rarement évoqué de façon claire et précise, et le terme est peu employé.
  • L’aromantisme non plus n’est pas montré. Ou mal montré, comme on l’a vu plus haut. Et le terme n’est même pas employé.
  • Les intersexes ne sont pas assez représentés.
  • La parentalité est rarement montrée. C’est encore un tabou. Ce qui est un mépris fait aux enfants qui ont été élevé par deux parents du même sexe. Pourquoi ne les représente-t-on pas d’avantage ?
  • L’homophobie et la transphobie en elles-mêmes ne sont pas toujours assez bien montrées. Il faut parler de celles du quotidien : les remarques, les regards, les insultes en passant, les coups d’épaules, l’homophobie de la part des autres homosexuels (et oui, la bêtise est partout !), les idées reçues, les plaisanteries douteuses, les questions intrusives… Mais il faut bien sûr montrer l’homophobie et la transphobie plus violentes : les coups, les meurtres, l’expulsion des jeunes de chez leurs parents…
  • On parle très peu des « couvertures« , ces hétérosexuels en couple avec une personne gay ou lesbienne (parfois sans le savoir). Cela sert à cacher son homosexualité à son entourage… ou à soi-même.
  • Dans les livres jeunesse, les personnages LGBTQIA+ sont carrément occultés. Comment apprendre aux enfants la diversité, si on ne la leur montre pas ? Comment aider les adolescents à s’épanouir, si on ne leur présente pas des modèles à qui s’identifier ?

IV. Une évolution des représentations des personnages LGBTQIA+

Comme je le disais en introduction, les représentations évoluent, avec la société. De plus en plus de fictions montrent des personnages LGBTQIA+ crédibles, intelligents et attachants. Depuis les années 2000, le changement est visible. Cependant, il faut reconnaître que souvent encore, l’orientation sexuelle du personnage est au cœur de l’histoire.

1. L’omniprésence de la romance

Si on trouve de plus en plus de personnages LGBTQIA+, il est dommage que ce soit principalement dans les romances. L’amour est au cœur du récit, donc on voit principalement cet aspect du personnage. C’est bien de montrer les sentiments amoureux. Mais il faut aussi proposer d’autres types de fiction. Il faut des histoires où l’orientation non-hétérosexuelle du personnage ne soit pas sa principale caractéristique, mais juste une donnée parmi d’autres. Idem pour les personnages transgenres.

2. Une évolution dans les livres jeunesse

De plus en plus d’autrices et d’auteurs se mobilisent pour apporter des représentations positives aux plus jeunes.

C’est le cas notamment de Jeanne Sélène, avec ses albums jeunesse Papa et Papou, La curiosité d’Idris, son roman jeunesse Léon et le hérisson.

Pour aider les jeunes LGBT à s’accepter tels qu’ils sont, il faut leur montrer une image positive de personnages qui leurs ressemblent. C’est pourquoi Yoru Hoshizora a écrit Chroniques antiques, une duologie d’héroïc fantasy pour adolescents. Si vous désirez en savoir plus, et / ou la soutenir, vous pouvez donnez et partager sa campagne de financement Ulule jusqu’au 20 mai 2021 en suivant ce lien.

Comment doivent être les personnages LGBTQIA+ ?

Nous l’avons vu, il faut avant tout éviter les clichés, ne pas réduire le personnage à son orientation sexuelle, et aborder les sujets qui le concernent.

Parce que pour moi, ces représentations sont essentielles, j'aborde régulièrement ces thèmes dans mes romans. Il y est questions de personnes pansexuelles (Sous les cieux de Syranis), lesbiennes (La Dame à l'ombrelle, Les Effacés), et aussi asexuelles (Les Effacés, qui sortira prochainement).

N’oublions pas

Les représentations des minorités sont un miroir de la société. Si elles sont mauvaises, c’est que ces minorités sont méconnues et méprisées.

Le combat n’est pas fini. Je me souviens de la première journée mondiale de lutte contre l’homophobie. J’étais adolescente. J’étais contente d’apprendre la création de cette journée : la société faisait un pas en avant vers l’égalité, l’inclusion des minorités. Ce jour-là, dans un couloir, j’ai entendu un garçon de ma classe lancer « La journée de l’homophobie ? Et pourquoi pas la journée de la zoophilie ? » . Même si j’avais déjà entendu beaucoup de remarques homophobes, ça m’a fait un choc. Déjà, ce n’est pas la « journée de l’homophobie », ça signifierait qu’on la célèbre, il ne manquerait plus que ça ! Mais cette haine gratuite m’a marquée. J’espère (naïvement, peut-être), que cette personne a évolué depuis, qu’elle n’est plus aussi haineuse.

Mais cette haine existe toujours. Elle tue toujours. Rien n’est anodin. Les personnages LGBTQIA+ qui ne font que perpétuer les clichés existent encore, et font toujours du tort. Les blagues douteuses, qui ne sont que de l’humour oppressif, blessent toujours les personnes concernées, et les incitent à se cacher.

Citation homophobie Morgan Freeman. Personnages LGBTQIA+

N’oublions pas non plus que les LGBT-phobies résultent du patriarcat. Sans sexisme, il n’y pas de haine à l’encontre des personnes qui transgressent les rôles attribués artificiellement aux genres.

Lutter contre l’homophobie et la transphobie, c’est aussi lutter contre le patriarcat.

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