Ça ne vous aura pas échappé, la fantasy urbaine est un genre très à la mode depuis plus de vingt ans. Avec des séries télévisées comme Buffy contre les vampires, Charmed, Supernatural, Grimm, etc., le genre est réellement entré dans la pop culture. On ne compte plus les sagas littéraires qui mettent ce sous-genre de la fantasy à l’honneur, et leur succès est tel que certaines autrices vivent de leur plume en publiant uniquement dans ce genre.
Mais le problème avec les modes, c’est que tout le monde veut copier les recettes qui marchent, quitte à sombrer dans les mêmes sempiternels clichés.
Certains sont si récurrents qu’il devient difficile d’y échapper, et il est temps de dépoussiérer tout ça. Passons en revue 5 clichés qui menacent de nous lasser de ce genre que l’on adore.
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5 clichés de la fantasy urbaine
1. Le personnage principal forcément féminin
Si on comprend parfaitement le choix de proposer un protagoniste féminin, parce qu’on a mangé toute notre enfance des héros bien masculins et qu’on a envie de voir autre chose, il est temps de varier un peu. La représentation des personnages féminins a longtemps été une catastrophe, puisque les livres et scénarios de films ont été monopolisés par des hommes qui n’avaient pas franchement une haute opinion des femmes. (Et je ne parle même pas de la façon horrible dont on traite les actrices, encore aujourd’hui). Beaucoup de fictions ne passaient pas le test de Bechdel, les personnages féminins souffraient du male gaze, du syndrome de la Schtroumpfette… Donc, voir que les autrices s’emparent du sujet et proposent des personnages féminins plus réalistes et plus actifs, c’est une excellente chose.
Lire aussi : Pourquoi le male gaze est-il toxique dans nos représentations ?.
Mais…
Les personnages masculins sont eux aussi victimes de mauvaises représentations, et, pour avoir vu et entendu des témoignages à ce sujet, les hommes ne se sentent pas représentés avec justesse. Les personnages masculins sont encore trop souvent des caricatures d’hommes abusifs et violents. Il faut donc proposer d’autres modèles.
Or, le personnage principal des romans de fantasy urbaine et presque toujours une femme. Et, encore trop souvent, le personnage féminin est tellement obnubilé par sa romance qu’il devient passif face au protagoniste masculin. Comme si le couple était au centre de tout.
Comment sortir de ce cliché ?
- Proposer un protagoniste masculin, qui évite les clichés habituels.
Lire aussi : Urban fantasy et virilité toxique : on n’en peut plus !
- Faire attention à ce que le roman passe le test de Bechdel.
- Mettre un personnage féminin crédible, actif, ni faible ni infaillible, qui ne vit pas que pour son couple.

2. Des styles identiques ou presque
On retrouve souvent le même type de narration dans les romans d’urban fantasy. Là encore, il n’y a rien de « mauvais » à ça. Mais il n’y a aucune raison pour que ce type de narration soit la seule proposée.
La narration au présent et à la première personne
La narration interne au présent est tellement omniprésente dans les romans de fantasy urbaine, qu’on a l’impression que c’est presque devenu un incontournable du genre. C’est peut-être dans le but de rendre les romans plus accessibles, mais, au final, ce type de narration donne une impression de lire un roman jeunesse. Sauf que le contenu n’est pas toujours adapté au jeune public.
Aussi, ça empêche de varier les points de vue, et c’est là que ça devient vraiment dommage.
Le ton oral
On le voit dès le résumé : le ton de la narration est souvent très oral. Là encore, on a l’impression qu’on sous-estime les capacités de compréhension des lecteurs.ices, en leur parlant le plus simplement possible. Si ce n’était qu’un roman de temps en temps, ça irait, mais là, c’est vraiment souvent, et ça devient très lassant.
L’humour
On aime tous quand il y a de l’humour dans un roman. Mais le problème, c’est que quand on retrouve toujours le même type d’humour d’une autrice à l’autre… ça devient nettement moins drôle.
Comment sortir de ces clichés ?
En proposant des romans écrits au passé, qui alternent les points de vue, et qui innovent en matière d’humour.
3. Les clichés classiques de la romance, qui se retrouvent en fantasy urbaine
Bien souvent, les romans de fantasy urbaine proposent une romance qui suit le classique schéma du « beau ténébreux terriblement irrésistible, mais incroyablement agaçant ». On va insister sur l’attirance physique, et c’est tout. Le personnage masculin peut être odieux, tant pis, du moment qu’il est beau. La relation entre les personnages est alors dénuée de profondeur, les personnages sont lisses, car réduits à leurs apparences. Et le pire, c’est quand l’histoire tourne autour de ça, quitte à ce que l’aspect fantasy passe au second plan, alors que le livre n’est même pas présenté comme une romantasy. L’histoire est alors creuse, ennuyeuse, voire carrément dérangeante quand elle reprend les clichés malsains de la romance (notamment la dark et la new romance).
Comme pour tous les genre, la romance devient problématique quand :
- on romantise une relation toxique (avec le fameux mythe du syndrome de Stockholm).
- le personnage masculin est présenté comme un « mâle alpha » (surtout dans les histoires de loups-garous, ou c’est carrément le terme utilisé),
- la romance est forcément hétérosexuelle et hétéroromantique,
- la romance prend toute la place, alors que les enjeux sont majeurs et que ce n’est pas présenté comme une romantasy,
- les scènes de sexes sont détaillées, qu’on le veuille ou non, qu’on ait été prévenu ou non, que les personnages soient consentants ou non,
- et bien sûr, le triangle amoureux qui suit toujours le même schéma « la fille hésite entre deux beaux garçons ».
Comment sortir de ces clichés ?
- Ne pas mettre la romance au centre du récit.
- Montrer des « love interest » (personnage qui suscite l’intérêt romantique de la protagoniste) qui sort des clichés virilistes.
- Proposer des romances différentes (homo, asexuelles, queerplatoniques).
- Éviter les scènes de sexe, ce qui permettra aux personnes traumatisées par des agressions de ne pas se sentir agressées dès qu’elles lisent un livre. Et les plus jeunes pourront aussi avoir accès à la fantasy urbaine.
- Si on veut mettre ce genre de scène, prévenir sur la fiche produit, le résumé. Et pas simplement un « public averti », qui peut laisser penser qu’il y aura du gore, mais ne prévient pas précisément de quoi on « avertit » le public.
- Éviter les triangles amoureux… ou en proposer des différents, queer, polyamoureux…
4. Le young adult
La plupart des romans de fantasy urbaine sont soit destinés aux adolescents, soit ils contiennent un contenu un peu trop « pour adultes » (voir le point précédent). Dans le premier cas, on retrouve des protagonistes forcément jeunes, parfois lycéens, avec des thématiques ado/ jeune adulte. C’est très bien, et je trouve ça formidable qu’on propose des livres pour ce public, qui mérite d’en avoir encore bien plus ! Mais il est difficile de trouver des romans de fantasy urbaine qui sortent un peu de cette tranche d’âge, et parle à un public un peu plus âgé.
Comment sortir de ce cliché ?
Sans trop vieillir les personnages, on peut leur donner des problèmes plus adultes : argent, travail, vie de famille…
On pourrait aussi proposer des personnages plus âgés, mais le risque serait que le roman ne trouve pas son public. En France, notamment, on considère souvent la fantasy comme un genre « pour les enfants ». Je peux vous assurer que même des retraités lisent mes livres de fantasy, et aussi d’autres que les miens !

5. On retrouve toujours les mêmes monstres dans les romans de fantasy urbaine
Vampires, loups-garous, et maintenant, fae : on retrouve souvent le même type de monstre ou créature surnaturelle d’un roman à l’autre. Bien sûr, on les aime, et c’est agréable de les retrouver quand ils sont présentés de façon originale. Mais souvent, ils sont uniquement des intérêts romantiques de l’héroïne, point. On retrouve trop souvent le vampire ténébreux, le loup-garou alpha, le roi des fae.
Comment sortir de ce cliché ?
- En réinventant les créatures que les gens aiment retrouver, sans pour autant les dénaturer (ne pas faire de vampires qui font des paillettes quand ils sortent à la lumière du jour, par exemple).
- En montrant d’autres créatures. Il existe de nombreuses encyclopédies sur le sujet, il y a de quoi faire.
L’originalité pour réinventer la fantasy urbaine
L’urban fantasy est un genre riche, diversifié, qui parle de notre réalité en y implantant de la magie. Mais depuis quelques années, les clichés ont pris le dessus. Alors comment casser les codes et proposer un roman qui parle vraiment aux lecteurs et sort enfin ce genre du carcan commercial où il se retrouve injustement enfermé ?
Proposer un univers riche, et qui symbolise les grands enjeux de notre société.
La fantasy, quel que soit son sous-genre, permet de prendre du recul pour parler de la réalité. Elle peut devenir une véritable métaphore de notre monde. Le tout, sans lésiner sur le divertissement, parce qu’après tout, c’est ce que l’on recherche en premier ! C’est exactement ce que j’ai fait avec mon roman Le Pacte des sorciers.
Montrer des personnages marginaux, pour donner du sens à la magie
La magie peut être un catalyseur des discriminations, et ne pas être accessible à tout le monde. Elle peut symboliser l’argent, le pouvoir, la différence… Bref, elle peut être un véritable outil narratif au service du message porté par le roman, plus qu’un simple accessoire.
Lire aussi : Nous sommes les braises, de Rash. Ce roman est vraiment la parfaite illustration d'une utilisation intelligente de la magie : Alice est autiste, et son handicap l'empêche d'utiliser la magie comme tout le monde. Alors elle s'adapte, et trouve comment faire un autre genre de magie, qui lui convient mieux.
La fantasy urbaine est plus que jamais à la mode, alors pourquoi ne pas en faire un outil de résistance ? Un moyen de dénoncer les injustices, de donner une voix aux marginaux, et de montrer que le changement est possible.
C’est ce que je propose dans mon roman Le Pacte des sorciers, qui paraîtra courant 2026. En attendant, pourquoi ne pas faire un petit quiz, histoire de voir quel type de magie vous choisirait si vous viviez dans l’univers de mon roman ?