L’urban fantasy, ou fantasy urbaine, c’est le sous-genre de la fantasy où l’on voit de la magie et des créatures surnaturelles dans le monde moderne. Très présent dans la pop culture (notamment dans des séries comme Buffy contre les vampires, Angel, Charmed, Once Upon A Time,… ), le genre offre des possibilités infinies. Pourtant, il accumule les clichés, en particulier dans le format littéraire.
Et parmi les clichés qui horripilent le plus, il y a celui de la virilité toxique.
Si, comme moi, vous adorez l’urban fantasy qui amène de la magie dans notre quotidien, mais que vous n’en pouvez plus du « beau gosse du lycée agaçant mais terriblement beau », vous êtes au bon endroit !
Dans cet article, on va tordre le cou à ces vilains clichés, et proposer des alternatives rafraichissantes.
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Les pires clichés de la virilité toxique dans l’urban fantasy
Si ces clichés sont omniprésents dans nos représentations, ils sont bien trop souvent présents dans deux genres littéraires : la romance et la fantasy urbaine. Et comme la fantasy urbaine contient bien souvent au moins une romance, ces clichés y sont souvent récurrents.
Le « Mâle Alpha »
On commence avec du lourd, avec du muscle. Puissant, viril, fort, il est le chef, le boss, le patron. C’est simple : tous les kékés rêvent de lui ressembler. Le mâle dominant, c’est vraiment le pire de tous les clichés viriliste. Il est l’incarnation de l’injonction à la virilité : il faut être le meilleur, le plus fort, le plus riche, le plus attirant. Il incarne donc à lui seul tous les codes du patriarcat, qui écrasent les hommes depuis des millénaires. Musclé, puissant, riche, beau, irrésistible, invincible, imbuvable, et surtout… irréaliste. Cette représentation de la virilité ne représente pas la réalité des hommes d’aujourd’hui. Personne n’est à la fois musclé, riche, séducteur, etc. Et ces idéaux à atteindre ne sont que des prétendues « qualités » superficielles.
C’est LE cliché viriliste par excellence, et il est partout : le chef de la meute de loups-garous, le vampire ténébreux, le roi des faes qui enlève la protagoniste pour en faire sa reine…
Il se montre violent avec la protagoniste, cherche à la dominer, prétend la protéger, refuse de l’écouter. Le « Mâle Alpha » est présenté comme le love interest (personnage qui suscite l’intérêt romantique) par excellence, alors qu’il n’a rien pour plaire. Il est un repoussoir, et pourtant… ça marche. Il faut dire qu’on ne propose pas grand chose d’autre, alors ce connard (parce qu’il est la définition même du sale type prétentieux qu’on a envie de baffer) paraît intéressant. Mais il ne l’est pas. Il est creux, ennuyeux, toxique.
Et, pour information, le mythe du « loup alpha », c’est du flan. Cette vidéo l’explique très bien, et avec humour, en plus :
J’adore ce commentaire sous la vidéo : « Alpha, c’est ce qui désigne la première version des logiciels, pleine de bugs et incapable de fonctionner correctement. »
Le Bêta et l’Omega
Ces termes désignent les mâles les plus faibles, ceux qui ont la place la plus basse dans la hiérarchie… dans les clichés virilistes. Le terme « Bêta » est même devenu une insulte pour les masculinistes. Quand à « Omega », c’est un terme que l’on retrouve beaucoup dans les yaoi (mangas mettant en scène des personnages gays, écrits par et pour des femmes hétérosexuelles, qui fétichisent les gays). On voit ainsi des romances entre des loups-garous « Alpha » (chef de la meute) et « Omega » (rang social le plus bas). Ces « romances » sont surtout des calques des relations dominant-dominée omniprésentes dans les représentations hétérosexuelles. Le patriarcat, encore et toujours. Et puis, laissez l’alphabet grec tranquille, à la fin.
Le héros invincible
Quand il n’est pas présenté comme un « dominant », le personnage masculin est trop souvent représenté comme invincible. Il peut tomber du douzième étage d’un immeuble en flammes, se remettre sur pieds, et commencer à courir. Douze méchants peuvent lui tirer dessus, il ne sera pas décoiffé, et les dégommera tous d’une seule balle. Difficile de s’identifier à ce genre de personnage. Et quand le personnage ne peut pas être vaincu, le suspens tombe à plat. On ne peut donc pas s’inquiéter pour lui, se demander comment il va s’en sortir. Il s’en sort toujours, sans la moindre égratignure, et, en prime, il sort des répliques mordantes entre deux mandales.

Je l’avoue, moi aussi, si j’avais un beau marteau qui fait des éclairs, je me la pèterais un petit peu. Un peu, seulement.
Le héros qui n’a jamais de traumatisme nous fait croire que nous ne devrions pas en avoir, que nous sommes faibles de souffrir. Ces complexes nuisent à l’image de soi.
Le silence comme preuve de virilité : quand les émotions sont taboues
Parce qu’un homme, un vrai, un kéké, ça n’a pas d’émotions. Parce que les émotions, c’est un truc de nana, et donc, de mauviette. Vous aussi, vous en avez marre de ce cliché ? Le taiseux, le guerrier taciturne, on l’aime bien, mais on aimerait aussi l’entendre un peu. Et les émotions, c’est ce qui rend un personnage profondément humain et attachant. Et quand les hommes n’expriment pas leurs émotions, ça ne les rend pas virils, mais dangereux. Parce que quand elles ne sont pas exprimées par les mots, elles le sont avec les poings. Et la violence, ce n’est pas viril, et encore moins intelligent.
La romance comme récompense : quand les femmes sont des trophées
Dans les roman d’urban fantasy, les relations amoureuses sont souvent obligatoires. Le héros sauve le monde ? Bravo, il mérite une princesse. Le héros est triste ? Il lui faut une femme. L’héroïne doit avoir une romance, et avec un homme, parce que c’est comme ça.
Mais pourquoi cette omniprésence de la romance ? Pourquoi les protagonistes veulent-iels absolument être en couple ? Et pourquoi toujours des couples hétérosexuels et hétéroromantiques ?
Et le personnage masculin a beau être odieux, il obtiendra toujours la fille comme récompense. Parce qu’il le mérite, il est un vrai mec, lui. On souffle bien fort.
La romantisation de la violence
C’est quand une relation toxique est montrée comme étant romantique, normale. S’il y a bien un roman qui illustre bien le problème, c’est Twilight. Il n’y a rien qui va, là-dedans. Le gars qui vient regarder la fille dormir, à son insu, c’est tout sauf romantique. C’est une intrusion dans l’intimité. J’y vois même carrément un viol symbolique.
La romantisation de la violence, c’est un schéma récurrent, qui banalise complètement la violence conjugale, en la présentant comme désirable. « Il l’aime tellement qu’il en devient violent ».
La violence n’est JAMAIS romantique. Jamais.
Que ce soit dans la fantasy urbaine ou ailleurs, ce cliché est réellement dangereux. Il est au cœur même de la dark romance, et aussi de la new romance. Des ados grandissent avec cette représentation du couple, et l’intègrent à leur imaginaire. Et quand on vit réellement ce genre de chose, on ne voit pas où est le problème, parce que l’amour, ça doit faire mal. NON ! L’amour, c’est vouloir le bonheur, le bien-être, l’épanouissement de l’autre. Ce n’est pas être possessif.ve, violent, méprisant.e. La violence, c’est le contraire de l’amour. Chloé Thibaud à même consacré un essai à cette romantisation de la violence, si dangereuse.
Lire Désirer la violence, de Chloé Thibaud. (Lien partenaire.)
La romantisation de la violence, c’est aussi quand la violence, en elle-même, est présentée comme désirable, acceptable, et même inévitable. Parce que dans la vie, tout se résout avec les poings, les flingues, etc. Non : la violence cause bien plus de problèmes qu’elles n’en « résout », et quand elle « résout », elle le fait bien trop. Quand on tue tout le monde, le monde est en paix, mais tout le monde est mort.
Le physique d’Apollon : trop de (tablettes de) chocolat tue le chocolat
Sur les couvertures de livres, les descriptions des personnages, partout : il faut des « beaux gosses avec de beaux abdos ». Autant j’aimerai bien avoir moi-même des abdos en béton, autant voir partout ce type de physique inter-changeable, c’est lassant. Et surtout, réduire le personnage à son physique (irréaliste), c’est assez pauvre, comme construction de personnage. Il plaît à la fille parce qu’il est beau. C’est tout ? Elle est franchement pas difficile ! Et puis, la beauté n’est pas forcément l’apanage des gens minces et musclés. C’est une vision très limitée de l’esthétisme, qui façonne les goûts. Il faudrait à tout prix aimer ce type de physique ? Les gens qui n’ont pas des abdos en béton sont forcément moches ? Il faut sortir de ce carcan.

Pourquoi ces clichés récurrents de l’urban fantasy sont-il problématiques ?
Parce qu’ils sont dangereux. Ils poussent à la violence, à la surenchère, et créent des complexes qui incitent les plus jeunes à se laisser influencer par le masculinisme. Ça n’influence pas que les hommes : les femmes sont aussi poussées à ce genre de comportements toxiques, car la « virilité » est toujours présentée comme supérieure à la « féminité ». Deux concepts idiots et patriarcaux au possible. Et les femmes baissent leurs standards quand elles cherchent un.e partenaire de vie. (Oui, la virilité toxique se retrouve aussi dans les couples lesbiens, et fait d’énormes dégâts. Personne n’est épargné.)
Parce qu’ils ne reflètent pas la réalité. Au contraire, ils créent des complexes quand on n’est pas un·e guerrier·e invincible. Parce qu’ils imposent une vision des corps et des relations humaines dangereuses.
Mais il existe des alternatives. Des roman d’urban fantasy qui cassent les codes, qui parlent aux marginaux, et qui ne vous font pas vous sentir nul.e.
Ce qu’on veut vraiment voir dans les romans d’urban fantasy : des personnages qui nous ressemblent
Un monsieur tout le monde, avec un métier ordinaire, pas un milliardaire
Bien sûr, un personnage trop banal serait ennuyeux. Mais si on aime la fantasy urbaine, c’est avant tout parce qu’elle ressemble à notre monde. Alors, pourquoi ces personnages ne seraient pas tout simplement comme nous, avec un métier ordinaire, des préoccupations du quotidien, et des défauts qui les rendent humains et attachants ? Depuis mes premières publications, j’écris des personnages masculins qui cassent les codes de la virilité toxique, qui ont des défauts, des failles. Je veux que mes lecteurs se reconnaissent en eux, et que mes lectrices aient enfin des représentations masculines qui ne leur rappellent pas leur collègue macho.
Un protagoniste qui doute, qui n’a pas honte de ses émotions, ni de ses erreurs
Parce que les émotions ne sont pas une faiblesse, elles nous rendent humains.es, et elles existent, il faut donc que les personnages en éprouvent. Les émotions du personnages montrent que ce qu’il vit a un impact sur lui. Cela renforce le lien entre le protagoniste et la personne qui lit son histoire. Sans elles, le lecteur/la lectrice est seul.e a ressentir quelque chose. Il faut cette connexion, car elle rend le personnage presque réel quand on le sent vivre.
Un protagoniste qui a des traumas
Nous avons tous été marqués par des évènements traumatisants. Les personnages de fiction doivent l’être aussi. On n’en peux plus du personnage invincible, qui n’a aucune douleur physique ni morale, alors que nous, si. Il faut des personnages qui aient souffert. Parce que les voir guérir nous guérit aussi, par catharsis. C’est en voyant un personnage présentant un traumatisme similaire au nôtre avancer vers la résilience que le nous soignons nos propres traumas. C’est toute la beauté de la catharsis.
Un personnage profondément empathique, réellement gentil, et pas uniquement pour avoir la fille
Ce que j’aime par dessus tout, c’est le protagoniste qui éprouve une profonde empathie pour les personnes qui l’entourent, qui assume sa sensibilité, et qui veut apaiser les souffrances des autres. Il ne fait pas semblant d’être gentil pour se faire bien voir de la fille afin de la mettre dans son lit. Il est profondément bon, et n’attend pas de récompense pour ça. C’est ce qu’il est, pas ce qu’il fait croire.
Un personnage queer, pour plus d’inclusivité dans l’urban fantasy
Pour casser cette sempiternelle injonction hétéropatriarcale, il faut montrer des personnages qui sortent du carcan de l’hétérosexualité et de l’hétéroromantisme obligatoire, et qui ne sont pas nécessairement cisgenres. Parce que les personnes LGBTQIA+ existent. Et tout le monde n’a pas besoin d’être en couple. Voir d’autres types de personnage, c’est vraiment rafraîchissant. Pourquoi il y en a autant dans mes romans ? Parce que j’en ai marre de voir tout le temps la même chose. Tout simplement.
Pourquoi a-t-on besoin de ce type de représentations ?
S’il est crucial d’améliorer les représentation des personnages féminins dans la fiction, il est tout aussi nécessaire d’améliorer les représentations masculines. Les hommes sont surreprésentés dans la fiction, mais il sont mal représentés, ce qui influence notre vision des choses. Les hommes nous paraissent plus compétents, et eux-mêmes ont tendance à se surestimer. Souvenez-vous de cette mode qui consistait à demander aux hommes qui ne sont pas pilotes s’ils sauraient faire atterrir un avion ? Les résultats ont montré un biais d’excès de confiance des hommes. Ce n’est pas juste un défaut agaçant : ça peut, dans certains cas, être vraiment dangereux. Les femmes, quant à elles, souffrent du biais inverse, qui n’est pas mieux, car elles ont tendance à se sous-estimer, et à moins oser se montrer ambitieuses.
C’est pourquoi il faut proposer des représentations masculines plus justes, plus humaines aussi, et donc, qui rendent moins complexé.e. On veut que les hommes changent, se sentent mieux dans leur peau, alors montrons-leur autre chose que des clichés irréalistes. On veut que les femmes haussent leurs standards, et cessent de relationner (en couple, en amitié, etc.) avec des machos qui les méprisent, alors montrons-leur des hommes dignes de leur confiance et de leur temps.
Et surtout, les histoires de personnages réalistes sont nettement plus intéressantes et divertissantes.
Un roman d’urban fantasy qui casse les codes, ça vous tente ?
C’est exactement ce que je suis en train de vous préparer : une saga de fantasy urbaine qui sort de tous ces clichés, et qui propose des personnages masculins plus réalistes, plus attachants aussi. Affaire à suivre…
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